Pourquoi OSÉE ?
Il est beau parfois de parcourir des routes inexplorées : oser, d'où le choix du nom OSÉE pour le prototype de recherche Pininfarina réalisé pour la première fois sur base mécanique Citroën, étude formelle qui développe un thème, celui de la voiture de sport pure à moteur central, inédit pour la firme française, mais conçu en respectant pleinement la philosophie et l'image Citroën.
Pourquoi une Citroën ?
Pininfarina possède une grande tradition dans le domaine créatif, technique et industriel et cela également parce qu'elle a su lier son propre nom à des collaborations de longue durée : à ce sujet, les 50 ans de liaison avec Ferrari et Peugeot sont un morceau d'histoire.
Lorsque Pininfarina a noué des relations ensuite avec des constructeurs plus jeunes, comme les japonais, elle a établi également avec Honda un rapport stable qui dure désormais depuis plus de 25 ans.
Cette volonté et cette capacité de construire des collaborations durables n'a toutefois pas signifié une perte de vocation internationale ou d'intérêt pour les tendances évolutives de l'automobile.
Et, si au cours des années Cinquante le fondateur Pinin prenait déjà figure de symbole aux Etats-Unis pour le lancement de la Nash-Healey, aujourd'hui Pininfarina étudie et conçoit des automobiles destinées à la motorisation chinoise, qui ont pour objectif de réussir, dans ce cas également, à créer un rapport de collaboration de longue période.
Toutefois, avec certains constructeurs, Pininfarina ne s'est jamais "rencontré" et la page des voitures qui auraient pu être créées est restée blanche.
La phase particulière de concentration de firmes et de marques automobiles, qui est en cours depuis des années, a cependant changé radicalement le scénario du marché des constructeurs automobiles, ouvrant ainsi, pour une firme de design indépendante telle que Pininfarina, l'éventail possible d'opportunités de collaboration à différents niveaux.
En particulier, depuis un certain temps désormais, Peugeot n'est plus seulement une firme constructrice, mais un Constructeur indépendant, PSA, possédant deux marques distinctes: d'un côté, Peugeot, proche de par son histoire et sa stratégie à Pininfarina, de l'autre, Citroën, une marque qui évoque des voitures légendaires à cause de leurs éléments innovateurs techniques et de design : aujourd'hui, le désir de réaliser une Citroën se concrétise avec OSÉE, un projet d'une saveur toute particulière, grâce auquel Pininfarina a voulu démontrer l'intérêt stratégique à être considéré par PSA en tant que partenaire potentiel tous azimuts, pour toutes les gammes de produits, aux différents niveaux de collaboration possibles dans le design, dans l'ingénierie et dans la production de modèles de niche.
Le cheminement de la conception d'OSÉE a commencé il y a quelques mois par différentes croquis servant à réfléchir, à chercher la route pour s'approcher de Citroën d'une manière originale, mais en accord avec l'univers formel et technique de la Firme française.
Le choix du type de voiture peut surprendre: OSÉE présente un concept d'extrême sportivité, à moteur central, à trois places.
Eh bien, c'est précisément cela qu'on désirait : surprendre, et cette décision allant à contre-courant s'appuie sur un certain nombre de réflexions et de raisons bien précises.
Il est vrai que, d'une part, l'extrême sportivité n'est pas un trait saillant des voitures Citroën, qui sont plutôt liées à une image d'innovation en fait d'utilisation de l'espace et de la technique, du confort, de la fonctionnalité, de la convivialité.
Toutefois, il a semblé juste que ces concepts soient explorés directement par la firme, comme cela s'est toujours produit grâce aux concepts cars de son centre créatif, alors que l'apport d'un outsider total, comme l'est aujourd'hui Pininfarina, pouvait plutôt s'orienter dans une direction évitant de croiser les pistes de développement prévues par le constructeur, mais en parcourir de différentes et ouvrir des portes closes au lieu d'encombrer des portes déjà ouvertes.
D'autre part, que peut-on s'attendre d'un designer comme Pininfarina si ce n'est quelque chose qui fasse rêver, qui apporte une valeur ajoutée d'émotion et de désir ?
Ce sont donc là les motivations d'un choix surprenant, qui a constitué pour Pininfarina un grand défi de design.
Il s'agissait, en effet, de transposer les caractères Citroën sans les trahir, bien au contraire en les faisant ressortir à l'extrême, sur un concept complètement atypique et loin des stéréotypes de la marque et de son histoire.
Un certain nombre de caractères forts de volume et de surface ont été repérés sur des modèles comme la DS et la sportive SM, qui, à part le fait de représenter une valeur historique et culturelle de la marque, constituent des références fondamentales pour le design automobile moderne :
- rapports de volume
exacerbés, liés à l'architecture mécanique présentant un
grand capot/aile avant et l'habitacle très déplacé vers l'arrière
- surfaces lisses, simples et tendues, animées par des lignes
directrices nettement lisibles
- section pointue au centre du capot
- lignes descendantes vers l'arrière
- partie frontale continue avec des prises d'air à demi-cachées
dans la partie inférieure.
Cet ensemble de stylèmes a servi de guide pour définir les lignes directrices du style et a permis d'harmoniser le projet avec la philosophie de base, l'inspiration idéale de la mission Citroën.
Citroën veut dire performance non agressive, veut dire glisser en silence sur la route, veut dire l'image d'un tapis volant qui supprime avec la technologie des suspensions hydractives le contact avec le sol.
Citroën veut dire légèreté, dynamisme, amitié, veut dire l'eau qui s'écoule, le vent qui souffle, quelque chose qui passe, qu'on entend et qu'on ne peut pas saisir, presque un esprit immatériel.
Citroën veut dire la France, veut dire génie créatif, logique fonctionnel, cartésien et en même temps poétique, sans dimension temporelle.
Récapituler toutes ces idées, ces concepts, ces sensations dans une forme accomplie qui les expriment de manière immédiatement perceptible, c'est là le pari de toute étude de style : en dessinant OSÉE l'ensemble des inspirations a mené Pininfarina sur un territoire encore inexploré.
OSÉE : telle qu'elle est.
Pininfarina a choisi une architecture à moteur central longitudinale, afin de faire ressortir clairement le détachement total avec les plates-formes et les typologies de voitures de l'univers Citroën actuel, ce qui rendait plus libre de pousser à l'extrême la recherche en termes de volume.
Pour souligner l'objectif de l'exploitation de l'espace, dans ce cas la largeur, un intérieur a été étudié pour trois personnes, le pilote se trouvant au centre dans un position avancée et les passagers aux côtés, assis plus en arrière.
La disposition en L rappelle le "chevron" de l'écusson Citroën : une coïncidence qui permet également de décaler les passagers et de récupérer, par conséquent, l'espace transversal, avec le pilote qui ne souffre pas, comme d'ordinaire, de l'encombrement des passages de roues.
Enfin, pour rendre plus aisé l'accès à la place centrale, toute la partie supérieure de l'habitacle a été rendue mobile.
Cette solution, jamais réalisée en série, augmente l'impact visuel de la voiture de rêve et rend hommage sur le plan idéal aux nombreux prototypes qui l'avait introduite au cours des années Soixante.
Les porte-à-faux sont très courts, les roues aux quatre coins pour donner à la voiture une impression de grande compacité et de stabilité.
L'empattement long (2650 mm) et la position avancée du pare-brise confèrent à la voiture des proportions très inhabituelles.
Ces indications constituent le cadre de référence du projet : la philosophie de la marque, les stylèmes historiques "forts", l'architecture de la voiture et sa géométrie.
Toutefois, l'équipe de design de Pininfarina visait un autre objectif fondamental.
Une firme de design indépendante affronte les projets dans un esprit différent des designers des firmes automobiles.
La capacité de ces derniers consiste à interpréter et à développer, dans le temps, le style de la marque à travers ses modèles.
L'habilité de l'indépendant consiste, par contre, à élaborer, selon sa vision esthétique et créative, des formes spécifiques pour les différentes marques pour lesquelles il travaille.
Et il est d'autant plus fort que sa vision personnelle s'adapte et met en valeur les caractéristiques de chaque marque différente.
A moins d'une année de distance de la réalisation d'un prototype de recherche comme la "Rossa", conçu sur mesure de l'image Ferrari et donc agressif, complexe, plastique et musclé, Pininfarina a voulu affronter le thème de la voiture de sport extrême dans une optique Citroën, donc entièrement différente: épurée, sobre, mais pouvant se ramener, elle aussi, parfaitement à la vision esthétique de base Pininfarina.
Le caractère d'OSÉE naît des proportions et d'un certain nombre d'éléments forts de design.
L'empattement long, les porte-à-faux inexistants, l'habitacle déplacé vers l'arrière constituent, dans leur ensemble, des éléments à fort caractère.
La proportion inhabituelle du flanc de la voiture est traitée comme caractère esthétique fort, sans aucune tentative de dissimulation, avec une ostentation de l'excès, sans masquage.
Par contre, les surfaces qui habillent ces proportions sont simples, pures : elles s'appuient sur trois cintres longitudinaux, l'un au centre et deux sur les côtés, qui les tendent de l'intérieur comme les ailes d'une toile d'un biplan.
Le cintre central crée une "épine dorsale" optique qui va du double "chevron" de la partie avant à travers l'habitacle jusqu'à la partie arrière, presque un renvoi à la carrosserie "bateau" par une forme à poupe de barque.
La partie latérale est délibérément lisse, sans mouvements ajoutés et éléments de sculpture qui en troublent ou en interrompent la présence.
Les surfaces lisses, la partie avant légèrement en pointe, le volume du flanc qui descend vers l'arrière sont des traits caractéristiques de DS et SM, les modèles de référence du design Citroën moderne.
La partie avant présente une section arrondie qui raccorde avec continuité le dessous et le dessus de la voiture.
La prise d'air est symbolisée par de minces fentes qui partent du logo Citroën au centre de la voiture.
Une seconde prise d'air est mimétisée dans la partie basse selon les meilleurs traditions de la marque.
La surface continue et arrondie de la partie avant évoque protection et souplesse plutôt qu'agressivité tranchante.
Les groupes optiques triangulaires accompagnent l'allure du logo et soulignent la construction de la voiture par lignes longitudinales.
Le pare-brise, d'une coupe continue arrivant jusqu'au toit, naît du capot large et court.
Le bord du transparent s'achève par une fente qui alimente la prise d'air du moteur.
La surface du toit continue horizontale en se contracturant en plan donne lieu à un volume vertical à arête, qui constitue un autre élément fort de la voiture.
Sur la surface du toit sont aménagées des sorties d'air du compartiment moteur qui continuent l'allure à flèche de la coupe du transparent, répétant dans la vue en plan le motif du "chevron".
Autre signe fort et caractéristique: le traitement des volumes dans la partie arrière où la contracture de l'habitacle crée de vastes surfaces qui s'élargissent vers l'arrière et se raccordent au toit.
Dans la vue de 3/4, la "crête" de l'habitacle et les volumes, larges et reculés, des ailes restent ainsi très évidents.
L'entrée de la voiture se fait en soulevant la superstructure toute entière de l'habitacle grâce à un système hydraulique actionné par télécommande.
L'intérieur renvoie aux mêmes thèmes: les pionniers de l'air, les matériaux, l'épine dorsale centrale.
Les trois passagers sont assis en triangle, pour rendre plus aisée l'utilisation de l'espace transversal au dos.
S'agissant d'une voiture de sport pure, le caractère central non seulement physique, mais idéal également, de la place du conducteur a été évidemment souligné.
Le pilote est assis sur une coquille très essentielle fixée à la voiture. Volant et pédalier sont réglables. Les sièges latéraux décalés sont traités de manière "mimétique" par rapport au reste de l'environnement.
La planche est formée d'un élément tubulaire qui traverse la voiture et auquel sont agrégés les éléments fonctionnels.
Sur cette structure métallique est tendue une surface textile (voile ou aile) qui rappelle de manière visible la philosophie toute entière du design.
Le projet prévoyait, comme choix très précis, le détachement complet de l'architecture d'OSÉE de n'importe quelle Citroën d'aujourd'hui.
La conséquence en est, donc, que le châssis spécifique a été construit expressément pour intégrer deux éléments fondamentaux de la Citroën:
- Le moteur à six cylindres de trois litres de cylindrée. Cette unité a été adaptée au montage longitudinal et accouplée à une boîte de vitesses aux commandes électriques.
- Les suspensions hydractives de troisième génération. Elles représentent aujourd'hui l'élément le plus fort d'unicité de Citroën et, dans cette voiture, elles réalisent deux objectifs.
- L'aérodynamisme actif, modifiant la géométrie de la voiture en fonction de la vitesse et de la déportance exigée.
- Le "vol à dix centimètres du sol", c'est-à-dire la conduite sportive en absorbant complètement les irrégularités de la chaussée.
Il est important de souligner que cette caractéristique, à savoir la perception de presque détachement du sol, de simulateur de vol, rendue possible grâce à l'adoption des suspensions hydractives également pour une voiture aux hautes performances, peut constituer la grande qualité et la vraie particularité d'une véritable sportive Citroën, telle que Pininfarina l'a imaginée.